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La Promesse du Sorcier. Mon dernier cadeau d’anniversaire. Un petit livre foncé contenant une dizaine de nouvelles et un seul poème, dédicacé par l’auteur Dircamlain du Drakanitt. Kakimi me l’avait offert d’une main incertaine, ne sachant pas si le sens des histoires allaient m’atteindre, moi, alors une jeune femme âgée de dix-sept ans.

Dix-sept ans… Le temps passait si vite.

Je ne comprenais pas. L’amour éternel. Pourquoi devait-on perdre l’amour pour le rendre éternel?

— Tu peux m’expliquer, dis?

— Non.

Daneruké ne répondait jamais immédiatement à mes questions. Il préférait toujours les laisser baigner dans la marinade du doute. Selon lui, les réponses en sortaient plus juteuses.

Je m’approchai de la fleur en restant accroupie. Près d’elle, je sentais toute sa froideur sur la peau de mon visage. Je me mis à dégager la terre autour de la tige de façon minutieuse. Il me fallut un certain temps, car je prenais soin d’éviter d’endommager les racines. Une fois parvenue à l’extraire du sol, je me rendis compte que sa tige n’était pas flexible, mais dure comme du bois sec. Si je la pliais, tout allait casser.

— L’amour… tu dois d’abord apprendre ce que c’est, l’amour. Ose l’expérimenter et tu sauras répondre toi-même à cette question.

Il se replongea dans la lecture de son roman, sous son masque d’indifférence. Daneruké redoutait que j’enchaîne avec la question suivante :

— Et toi, Dan. Tu en sais quelque chose?

Le sexagénaire grimaça et referma son livre. Il porta un regard vide à la fenêtre et se laissa tomber contre le dossier du fauteuil. Je reconnaissais cette expression, synonyme de deux mots amers et sanglants : Grande Libération. J’avais déjà trop parlé.

La paix.

Sa quête ultime, après les temps de guerre. Trois cent soixante-quatre statuettes pour lui. Mais combien l’ennemi en avait-il accumulées? En avait-il acquis une seule et unique, ayant été capable de changer la vie de cet homme à jamais? Une seule, pour créer l’amour éternel?

Jamais il n’en parlait. Daneruké agissait exactement comme Mosarie. On ne discutait pas d’amour éternel à la maison. Il s’agissait d’un sujet tabou et restreint. Un gâteau délicieux, soigneusement dissimulé puisqu’il est mauvais pour la santé.

— Tu as terminé tes exercices aujourd’hui? me demanda sèchement mon mentor.

— Pas encore.

— Va les achever.

Quel ton! Soit il voulait se libérer de ma présence, soit il souhaitait que, grâce à l’entraînement, j’évite de répéter des erreurs du passé, qu’il s’agisse des siennes ou des miennes. Daneruké avait bon coeur, et homme au bon coeur signifiait homme simplement bon. J’appréciais cette qualité chez les membres de mon ancienne famille. Pirie, Wecto, Smithen et même Bulgaboom. Je m’ennuyais vraiment de leur présence.

— Tu tiens toujours tes épées à l’envers? me demanda-t-il par dessus son épaule.

Je devais corriger ma technique cette semaine. Quand Daneruké m’avait laissé prendre des épées pour la première fois, je les empoignais en tenant les lames vers le bas. De cette façon, elles m’apparaissaient moins lourdes. Cette technique présentait un inconvénient important, toutefois : je devais me rapprocher davantage de ma cible pour l’atteindre. La portée des lames en était diminuée. La semaine dernière, Daneruké m’avait suggéré de changer mon style, mais je préférais continuer à manier mes armes de cette façon.

— Ma technique est toujours la même.

— Tu dois la changer. Tes défenses sont amoindries. Tes attaques, plus ardues.

— Tu veux me tester?

J’anticipais déjà son refus. Daneruké voulait bien m’enseigner des techniques avancées de combat, mais jamais il n’acceptait de s’opposer à moi en simple simulation.

— Tu as en toi toute la fougue nocive de la jeunesse. N’as-tu donc rien appris? Si je t’enseigne l’autodéfense, c’est pour une seule et unique raison, pas pour enfler ton petit monstre d’ego.

— Je ne veux pas me croire supérieure à toi, Dan. Ton entraînement porte ses fruits, ma technique est bonne. Je veux simplement te le prouver.

Daneruké resta tourné vers la fenêtre, l’air songeur. Ses épaules larges se relevèrent quand il croisa les bras.

Quatre ans et demi. Il m’avait entraînée à la discipline et au combat durant tout ce temps. Pendant de si nombreux jours il me répétait les mêmes répliques et, simultanément, il engendrait en moi les mêmes déceptions.

Il se retourna vers moi en se frottant le menton. Pour la première fois depuis le tout début, il semblait avoir remarqué que je n’étais plus la petite fillette recueillie au bord d’un chemin.

— Tu as raison, avoua-t-il en ricanant. Après toutes ces années, il serait peut-être temps de voir quels fruits poussent aux branches de ton arbre...

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